Quelques mots sur le genre de développement qui est encore pratiqué par les pays occidentaux. Une de mes sources d'information est un article de Georges MONBIOT sur le Znet, mi-novembre 2001.
Pour la réunion de l'OMC, mi-novembre 2001 à Qatar, les membres du quatuor - E-U, UE, Canada et Japon - avaient promis, après l'échec de Seattle en 1999, d'aider les exclus du nouvel ordre mondial. Or il semble bien que cette promesse n'ait pas été remplie.
En effet, le projet de déclaration qui devait y être discuté, a été très largement écrit pendant 2 réunions, celle de Mexico en août et à Singapour en octobre.
Bien que l'OMC ait 142 membres, seules 21 nations, parmi les plus riches et les plus puissantes, ont reçu la permission d'y assister. Les documents issus des réunions furent alors soumis pour approbation aux autres membres, mais ils n'étaient pas autorisés à y introduire de changements substantiels.
Il en résulte que le projet de déclaration ne comprend qu'un très petit nombre des concessions qu'avaient demandées les pays en développement, qui représentent la plus grande partie de la population mondiale. Les nations puissantes ont refusé d'arrêter leurs subventions aux exportations de viande, de céréales et de sucre: en pratiquant le dumping dans les pays faibles à des prix artificiellement bas, ils détruisent le gagne-pain des agriculteurs de l'endroit.
Je dois cependant signaler, selon un document Znet (1.12.2001), une clause de la déclaration de Qatar de l'OMC, qui sera utile au combat contre le sida dans le Tiers-Monde. En effet, cette clause, qui fut l'objet d'une longue bataille entre les Etats-Unis, représentant les intérêts des grandes sociétés pharmaceutiques, et le Brésil, l'Inde et l'Afrique, qui défendaient la majorité des 36 millions de sidéens qui sont trop pauvres pour se permettre des médicaments chers, c'est-à-dire des spécialités pharmaceutiques anti-HIV. La clause en question est simple : elle déclare que l'ensemble des règles OMC qui couvrent les spécialités médicamenteuses, "peuvent et doivent être interprétées et mises en uvre de façon à soutenir le droit des membres de l'OMC à protéger la santé publique, et, en particulier, à promouvoir l'accès aux médicaments pour tout un chacun".
A part cette clause, qui permet la production dans le Tiers Monde de médicaments génériques beaucoup moins chers, ce dont nous nous réjouissons, les pays riches ont obtenu à Qatar à peu près tout ce qu'ils voulaient. Dernière remarque à ce propos : moins de 10 % des 60 milliards de dollars dépensés aux Etats-Unis pour la recherche appliquée pharmaceutique entre dans les médicaments visant à traiter les maladies des 90% les plus pauvres de la population mondiale. Des crédits dérisoires de la recherche s'appliquent en effet à la tuberculose, la malaria, la maladie du sommeil et les variétés du virus HIV qui prévalent dans le monde sous-développé.
Pire, certains gouvernements se dispensent de toute négociation. Par exemple, le Département britannique pour le Développement international a décidé de contourner l'OMC et d'appliquer des pressions directes sur les nations pauvres pour qu'elles ouvrent leurs marchés aux sociétés étrangères. Par exemple, ce Département a déclaré qu'au Ghana l'argent de l'aide à un projet hydraulique aurait comme condition la privatisation par ce pays de son industrie de l'eau.
Sans consulter son propre peuple, le Gouvernement du Ghana a été forcé de doubler ou même de tripler le prix de l'eau, de préparer la vente de cette industrie à des sociétés britanniques, françaises ou américaines. Ces sociétés vont gagner des millions, mais déjà les Ghanéens sont forcés de trouver l'eau dont ils ont besoin dans des rivières et fossés pollués, infestés des vers du choléra, car ils ne peuvent pas payer les nouveaux tarifs.
En outre, la divulgation de certains documents prouve que, tout en maintenant une attitude verbalement bienveillante, le gouvernement britannique est secrètement en collusion avec les groupes de pression des sociétés commerciales et continue à tromper le public et à saper quelques uns des pays les plus pauvres. Tony BLAIR a beau appeler cela "Développement": c'est plutôt de la piraterie commerciale.
Faut-il s'en étonner, lorsqu'on pense à ces fameux programmes d'ajustement structurel imposés à nombre de pays africains par la B.M. et le F.M.I. et qui devaient contribuer au développement de l'Afrique subsaharienne? Une auteure malienne, entre autres, Aminata TRAORE, dans son livre "L'Etau" (1999) parle du rouleau compresseur de la mondialisation économique et des marchés financiers, qui détruit l'être humain. Cette psycho-sociologue, sur la base de faits concrets, se demande ce qu'il reste de l'état-nation africain quand il est réduit à la gestion politique des conséquences sociales du néo-libéralisme et au maintien de l'ordre par la libre circulation des capitaux. Pour elle, et pour un grand nombre d'Africains, le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale sont des instruments de propagande de capitalisme sauvage, qui accroît la pauvreté et les inégalités.
Sans oublier la dette injustifiée des pays en développement: les 3,5 millions de morts dans la guerre du Congo ex-belge. Ou les dix millions de morts au Congo belge, propriété privée de Léopold II, entre 1890 et +/- 1910, une estimation chiffrée sur laquelle s'accordent plusieurs sources, dont le livre d'un chercheur américain, Adam HOCHSCHILD, intitulé "Les fantômes du roi Léopold". Sans parler du sida et des autres guerres qui ravagent actuellement cet immense continent oublié.
Malgré toutes ces épreuves, plusieurs analystes, -trop optimistes sans doute, mais sait-on jamais ?-, pensent que l'Afrique est en train de devenir le continent de l'avenir. Dans un monde privé de sens, elle rappelle qu'il existe d'autres manières de voir le monde et de vivre que le modèle d'économie et de société qui enferme les êtres humains dans l'univers des objets et la dictature de l'instant, en s'obstinant à faire croire que le seul cogito valable est désormais: "je vends (ou j'achète), donc je suis".
Reste que le nombre d'habitants du Tiers Monde qui chaque jour meurent de faim ou de malnutrition, dont 30.000 enfants, est absolument scandaleux, et aurait dû depuis longtemps inciter les pays occidentaux, anciens colonisateurs, à battre leur coulpe et à se départir de leur inaction coupable.
A la lumière de ce qui précède, il est clair que les objectifs de paix non-nucléaire que nous recherchons doivent aussi inclure des objectifs de combat pour la justice, contre le désordre mondial soumis à l'hégémonie des Etats-Unis et de leurs multinationales. Paix et Justice donc: les deux objectifs principaux, indissolublement liés de notre travail contre les pouvoirs et intérêts en place.
Edgard ANDRE
Décembre 2001