Renaissance du mouvement de paix?

Georges Berghezan

Au printemps 1999, les raids de l'OTAN contre la Yougoslavie avaient été marqués, durant les premières semaines de bombardement du moins, par un relatif alignement de l'opinion publique ouest-européenne sur ses belliqueux dirigeants. Deux ans et demi plus tard, la croisade de George W. Bush contre l'Afghanistan n'a pas bénéficié d'un même assentiment. Si le discours des chefs d'état, ceux des grandes puissances surtout, ne paraît guère avoir évolué, le ton des grands médias est incontestablement bien plus modéré et pluraliste. Pour se limiter à un seul exemple, il était alors absolument sacrilège et "révisionniste" de mentionner que, en plus des bien réelles exactions serbes encouragées par l'agression de l'OTAN, certains réfugiés kosovars auraient également pu vouloir échapper aux humanitaires bombes occidentales. Cette fois-ci, les médias n'ont pas accusé les talibans de pousser leur peuple à l'exode et ont reconnu cette simple réalité: qu'il est bien naturel de vouloir fuir un pays laminé par les bombardiers américains.

Ce changement est-il dû à un regain de vigueur du mouvement pour la paix? Ou d'autres facteurs entrent-ils en ligne de compte? Sans vouloir sous-estimer une évolution perceptible de franges importantes de l'opinion publique, comme en témoigne le succès du mouvement pour une "autre mondialisation", la seconde hypothèse nous semble peser davantage dans la balance. Les différences de contexte entre les deux guerres sont nombreuses et importantes. Citons notamment:

Bref, un ensemble de facteurs concourent à un large scepticisme des populations européennes face aux bombardements anglo-américains au pied de l'Himalaya. Il est de la responsabilité du mouvement de paix de transformer une vague indifférence à une guerre lointaine en une opposition résolue et lucide à un nouveau crime contre le droit international et une nouvelle avancée des États-Unis vers un contrôle absolu de chaque recoin de la planète.

Georges Berghezan

Une version initiale de ce texte a été publiée dans le dernier numéro du bulletin "Alerte OTAN!" du Comité de surveillance OTAN. Pour le recevoir, écrire à csotan@hotmail.com ou 31 rue de Dublin, 1050 Bruxelles